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Je vous ai présenté Agata Zlotko il y a peu dans cet article et je l’ai contactée à cette occasion. Il est sorti de nos échanges qu’elle a gentiment accepté de se livrer à l’exercice de l’interview et je suis ravie de pouvoir vous livrer ses réponses ici aujourd’hui :

Dans les yeux d’Estelle : Il semble que la résilience ait toujours été une qualité qui t’a permis de t’adapter. Tu écris sur ton blog : « Je suis un rat, je m’adapte ». Mais aujourd’hui, il semble que tu embrasses enfin ta véritable nature et ta carrière de rêve : illustratrice de livres pour enfants. Quels sont tes souhaits pour cette carrière ? Essayons d’en esquisser la vision !
Agata Zlotko : Oui, sans cette résilience, je ne pense pas que je serais là où je suis aujourd’hui ! J’aurais probablement choisi une autre voie professionnelle. Cela fait presque quatre ans que j’ai décidé de devenir illustratrice de livres pour enfants. J’ai appris l’illustration à mon rythme, cherché comment percer dans ce milieu, appris à écrire pour les enfants et tenté de créer ma propre maquette de livre – tout en jonglant avec le tatouage à côté et, surtout le plus important : en restant positive et pleine d’espoir… C’est peut-être la chose la plus difficile que j’aie jamais faite. Surtout de garder espoir sans laisser la frustration prendre le dessus, ce qui, pour être tout à fait honnête, m’est arrivé à plusieurs reprises. Il y a quelque chose de terrifiant à travailler aussi dur sans aucune garantie que cela paiera un jour. La clé du succès, c’est de croire que ÇA VA ABSOLUMENT MARCHER, À COUP SÛR, À 100 % (sans aucune preuve). Il faut vraiment être un peu inconscient et un rêveur !
Mais enfin, après ces quelques années de lutte, je commence à croire que ça va vraiment marcher. Il y a quelques semaines, j’ai eu une révélation concernant mon style et j’adore la direction que ça prend ! Les gens l’ont remarqué et ont apprécié aussi !
Ma carrière de rêve, c’est de créer des livres pour enfants illustrés, beaux et émouvants, qui touchera une nouvelle génération d’innocence et de rêverie. Je m’excuse d’avance auprès d’eux, mais ce monde a désespérément besoin d’eux.

Estelle : Penses-tu que ton relativement récent diagnostic de Trouble du Spectre Autistique t’a aidé à écouter ta voix intérieure et ainsi à suivre ton rêve de toujours de devenir illustratrice de livres pour enfants au lieu de choisir la voie de la « quête secondaire » (comme le font beaucoup de personnes non diagnostiquées) (et quelle quête secondaire que le tatouage !) ?
Agata : Oh, absolument ! Le diagnostic a bouleversé presque toute ma vie, y compris ce domaine.
Avant le diagnostic, l’illustration était un rêve que j’avais abandonné depuis longtemps. Après, j’ai réalisé que c’était possible pour moi. J’ai enfin compris mes besoins, mes limites et le fonctionnement de mon cerveau. Cette compréhension m’a permis de mieux gérer la situation, de m’organiser, d’éviter l’épuisement professionnel et, peut-être le plus important de tout – de savoir défendre mes intérêts.
Par exemple, je ne peux pas travailler à la dernière minute ni avec des délais très courts. J’ai besoin de temps pour assimiler les informations, les analyser, les visualiser. J’ai toujours cru qu’être disponible en permanence était inhérent au métier d’illustrateur, et c’est l’une des raisons pour lesquelles j’avais renoncé à cette carrière.
Maintenant, je n’hésiterais pas à expliquer à un agent ou un client potentiel la nécessité d’un délai plus long. Grâce à des stratégies spécifiques aux personnes autistes, j’ai aussi appris à mieux gérer mon énergie disponible et la planification, si bien qu’à présent, je suis sûre qu’avec une date limite appropriée, je suis en mesure de livrer le travail !
Avant le diagnostic, c’était frustrant et déroutant de rencontrer des difficultés que les autres ne rencontraient pas. Maintenant je comprends pourquoi, et je n’essaie plus de survivre sans les outils conçus pour les gens comme moi.

Estelle : En parlant de tatouage : la palette que tu utilises pour tes illustrations est vraiment somptueuse. Et si je te demandais de me faire un tatouage avec ces couleurs ? Ce serait possible ?
Agata : Bonne chance ! Mais honnêtement… non, désolée ! Utiliser la couleur dans les tatouages est une science et une technique à part entière, et je n’ai pas vraiment envie de m’y essayer. Ce que j’aime le plus dans le tatouage, c’est réaliser des lignes nettes et précises, des détails fins et des textures.
MAIS : j’ai peut-être bientôt une solution sympa à ça. Ma collègue Maude Miel, du salon Les Chaussettes Tattoo Club à Nancy où je travaille, m’a proposé que nous fassions une pièce à l’occasion d’une belle collaboration. Où je m’occupe du design de l’illustration et du tracé des lignes du tatouage, et elle tatoue les couleurs. Et « boy, oh boy« , elle est incroyablement douée à ça.
Estelle : Quelles sont les raisons qui t’ont poussée à quitter l’Académie des Beaux-Arts de Varsovie ? As-tu changé d’avis ? Avais-tu déjà une identité d’illustratrice bien affirmée à cette époque ? Ou peut-être n’y as-tu pas trouvé ce que tu cherchais ?
Agata : Revenons dix ans en arrière. Retrouvons Agata à cette époque… J’étais impatiente de commencer ma première année universitaire dans la plus prestigieuse école d’art de Pologne. Mais j’étais aussi une jeune fille autiste non diagnostiquée, complètement perdue. J’aimerais citer l’un des critères diagnostiques du TSA : « Les symptômes doivent être présents dès les premières années de développement (mais ils peuvent ne se manifester pleinement que lorsque les exigences sociales dépassent les capacités limitées, ou être masqués par des stratégies acquises plus tard). »
L’école d’art exige tout, tout le temps, sans exception. J’avais 39 camarades de classe et une douzaine de professeurs avec qui je devais communiquer quasi TOUS LES JOURS. C’était écrasant. J’étais complètement perdue dans ce labyrinthe social, incapable de tenir la charge de travail, de décompresser et de me ressourcer convenablement. Je ne comprenais pas pourquoi je ne m’épanouissais pas dans ce qui était censé être un environnement de rêve. J’ai séché de nombreux cours juste pour rester allongée dans mon lit à fixer le plafond !
Je n’ai toujours pas digéré la perte d’opportunités, d’amis formidables, et de la version de moi-même que j’étais, celle qui aspirait à cette vie. Aujourd’hui encore, j’envie tous ceux de ma promotion qui ont réussi à aller jusqu’au bout des cinq années. Pour moi, cette aventure s’est arrêtée au bout de quelques mois seulement. J’ai laissé derrière moi une réputation désastreuse et de nombreuses relations brisées.
C’est pourquoi je continuerai à parler de mon diagnostic. Nous ne sommes toujours pas suffisamment sensibilisés aux différentes manifestations de l’autisme. Peut-être qu’une personne déjà diagnostiquée, avec un soutien adapté, pourrait réellement profiter pleinement de cette université et tirer le meilleur parti de cette expérience.
Je suis convaincue que les écoles des Beaux-Arts devraient avoir un psychologue et un référent handicap. Je ne dois pas être la seule à avoir rencontré des difficultés là-bas.

Estelle : Qu’est-ce que tu aimes faire quand tu ne dessines pas, ne peins pas ou ne tatoues pas ?
Agata : Dans ces moments rares (haha), j’adore aller à la piscine pour me vider la tête. Être dans l’eau m’aide à organiser mes pensées de façon parfois surprenante ! J’aime me promener en ville et observer les gens (de la manière la moins creepy possible, promis !).
Je suis une grande passionnée de cuisine et de pâtisserie, alors on me trouve souvent dans ma cuisine à préparer une nouvelle gourmandise végane pour mon compagnon et moi. Si je n’avais pas un métier créatif, je lancerais probablement un food truck végan.
Avec mon compagnon David, nous sommes tombés amoureux des Vosges, à environ une heure de route de Nancy. Nous essayons d’y aller régulièrement pour profiter des paysages magnifiques et nous ressourcer. Une de mes nouvelles astuces anti-stress, et je m’excuse si c’est un peu cliché, c’est de fermer les yeux et d’imaginer certains de mes endroits préférés dans les Vosges. Tels qu’ils sont probablement à ce moment précis : balayés par le vent, déserts, d’un calme absolu, comme hors du temps. Cela m’aide immédiatement à relativiser mes angoisses.
Estelle : Où puises-tu ton inspiration ? Qu’est-ce qui nourrit ta créativité ?
Agata : Je me nourris des petits moments du quotidien. Un chien rigolo au parc, par exemple. Une petite conversation dans un café. Une œuvre d’art moderne qui me fait murmurer un « what the hell? ». J’adore rire et je trouve amusantes beaucoup de situations ordinaires, même celles qui semblent banales. Le bureau de Poste est une mine d’or d’humour noir bureaucratique. La semaine dernière, je suis repartie sans ma petite monnaie mais avec une toute nouvelle anecdote.
Si je visite une ville plus grande que Nancy, c’est visite de musée obligatoire, et si possible, théâtre, concert ou cinéma. Je suis convaincue que nous, les artistes, avons besoin d’être nourri d’éléments issus de la vraie vie pour produire un travail de qualité. Pas d’explorer notre feed dans un scroll infini sur le téléphone, mais plutôt de sortir et de s’imprégner de stimuli concrets : les odeurs, les sons, les textures.
J’ai la chance de rendre visite à ma famille à Varsovie au moins une fois par an, et cette ville est un véritable paradis culturel. Ensuite, la famille de mon partenaire vit près de Paris, à seulement 1h30 de train de chez nous, donc nous y allons assez régulièrement. Les collaborations avec des tatoueurs me permettent aussi de voyager facilement. En 2025, j’ai beaucoup voyagé et j’ai fait le plein d’inspiration ! Voici quelques moments forts :
- Assister à un concert à l’Opéra de Varsovie. J’avais la place la moins chère, presque au-dessus de la scène. Je ne connaissais pas du tout le programme. C’est comme ça que j’ai découvert la Symphonie n° 3 d’Henryk Górecki. Si vous regardez cette œuvre sur YouTube, vous comprendrez pourquoi j’ai eu de la chance d’avoir cette place qui semblait pourtant médiocre. C’était extraordinaire d’entendre cette musique en direct, et j’ai eu le privilège de voir des vagues successives de violonistes se joindre à la mélodie. C’était incroyable. Je suis rentrée de ce voyage en France bouleversée et inspirée !
- L’expérience la plus marquante de cette année, voire de la décennie, a été mon voyage de six semaines au Canada, en semi-solo. J’ai rencontré tellement de gens formidables, vu des paysages à couper le souffle et me suis fait de nouveaux amis (y compris tous les chipmunks, ils sont tous mes amis maintenant !). J’ai été très touchée par la gentillesse de mes clients pour le tatouage qui ont fait le voyage depuis des milliers de kilomètres pour me rencontrer à Montréal, Calgary et Vancouver. Je leur suis infiniment reconnaissante à tous. Au Canada, j’ai retrouvé un sentiment de confiance en moi dont j’avais tant besoin et j’ai même ressenti cette émotion presque enfantine d’émerveillement face à la beauté des Rocheuses !
Estelle : Comment recharges-tu tes batteries ? As-tu un endroit, un objet, une petite douceur ou une personne qui t’aide à te détendre ? Peux-tu nous le décrire ?
Agata : Ma routine de détente est incroyablement glamour : je m’allonge sur mon lit avec un casque à réduction de bruit et je ne fais rien.
Il est essentiel pour moi de me ressourcer complètement ainsi au moins une ou deux fois par semaine (voire plus si besoin). Pendant ces moments de calme absolu, l’idéal est de ne recevoir aucune stimulation, de ne pas consulter mon téléphone ni de regarder la télévision.
Par contre, lire est parfait ! C’est une façon idéale de se détendre en toute tranquillité. En ce moment, je lis « Lords & Ladies » de Terry Pratchett.

Estelle : Quels contes ou livres pour enfants ont nourri ton imagination durant ton enfance ? Quelle part de ta culture d’origine se perpétue à travers ton art ?
Agata : J’ai grandi bercée par les livres de Beatrix Potter, les Moomins de Tove Jansson, les histoires du poète polonais Julian Tuwim illustrées par Jan Szancer et la série animée « La Petite Taupe », « Krecik » en polonais et « Krtek » en tchèque. Salut à tous les fans de Krtek !
Dans la Pologne des années 90, les divertissements pour enfants offraient un mélange assez particulier. De nombreux « nouveaux » livres et dessins animés arrivaient de l’occident, mais nous continuions à apprécier les classiques issus de l’époque communiste, pour lesquels j’ai, je dois l’avouer, une affection particulière.
De plus, je suis la cinquième enfant d’une famille nombreuse, avec près de vingt ans d’écart entre ma sœur aînée et moi. J’ai donc naturellement hérité des livres vintage de mes frères et sœurs. On me dit souvent que mes illustrations suscitent la nostalgie et replongent dans l’enfance. C’est parce que j’ai été bercée par le vintage bien avant que ce soit à la mode.
De Beatrix Potter j’ai reçu mon amour des personnages anthropomorphes et des histoires de petites aventures du quotidien. De Jan Szancer et Tove Jansson me vient mon goût pour l’étrange et le macabre. Leurs univers étaient à mille lieues des illustrations modernes, lisses et joyeuses. Il y a une tristesse et une étrangeté certaines qui s’en dégageaient et qui résonnaient profondément en moi (j’étais une enfant mélancolique). Aujourd’hui adulte, je puise toujours mon inspiration dans ces sources et je découvre sans cesse de nouveaux livres anciens qui m’avaient échappé à l’époque. Pinterest est mon allié précieux dans cette quête !
Estelle : Tu viens de (ré)ouvrir ta boutique en ligne. À quelle fréquence mettras-tu à jour tes produits, nouveaux ou existants ? Proposeras-tu des collections éphémères ou renouvelleras-tu régulièrement les stocks avec de nouveaux modèles ?
Agata : Dans un monde idéal, la boutique serait ouverte 24h/24 et 7j/7 et entrerait en bourse d’ici quelques années. En réalité, je travaille seule, à la chaîne : dessin, conception, couture, découpe laser, peinture, impression, emballage, expédition. Et cette personne, un peu fatiguée, souhaite aussi continuer à travailler sur son portfolio ! La boutique restera donc ouverte jusqu’à mi-décembre, puis fera une petite pause hivernale avant de rouvrir au printemps.
Je préfère les mises à jour saisonnières et les changements fréquents de produits, car cela me motive à créer. Un grand merci à tous ceux qui ont passé commande ! Votre soutien finance directement les mois où je travaille sur des projets « d’investissement » non rémunérés, comme des illustrations pour mon portfolio et des maquettes de livres. Je vous en suis très reconnaissante.

Estelle : Pourquoi et comment réalises-tu tes propres tirages chez toi ?
Agata : J’imprime chez moi parce que je refuse que quiconque accroche une version triste et délavée de mon travail à son mur. J’ai essayé par le passé de confier cette tâche à un imprimeur, mais les résultats étaient catastrophiques ! Il y a quelques années, j’ai découvert le monde des tirages d’art, aussi appelés tirages giclée.
Ce sont des impressions numériques réalisées avec des imprimantes jet d’encre professionnelles. Les ingrédients clés sont des encres spéciales et des papiers photo de haute qualité, sans acide (de qualité archive). Cette technique a un coût, mais le résultat est exceptionnel. Les tirages sont d’une fidélité remarquable aux originaux. Contrairement aux tirages bon marché, les tirages de qualité archive sont conçus pour durer plus de 100 ans sans se décolorer. On peut littéralement les transmettre à ses enfants ou petits-enfants comme un précieux héritage familial !
J’étais sans voix la première fois que j’ai imprimé un tirage d’art chez moi avec les bons réglages. Il ressemblait trait pour trait à mon dessin, avec les mêmes couleurs éclatantes, les mêmes textures et les mêmes détails parfaitement reproduits. Les tirages que j’ai actuellement en boutique sont les meilleurs que j’aie réalisés à ce jour. J’aimerais bientôt publier un article ou un billet de blog dédié aux tirages d’archives, car c’est une technique vraiment fascinante !
Estelle : As-tu prévu la suite ? Si oui, aimerais-tu annoncer quelque chose de nouveau ?
Pour le moment, je n’ai que des annonces de taille moyenne !
- Je vais poursuivre ma lente mais tenace ascension vers l’illustration jeunesse : nouveaux projets pour mon portfolio, maquettes de livres, et surtout, garder espoir.
- Je rêve aussi d’un espace plus communautaire pour les personnes qui apprécient mon art. Instagram me semble parfois un peu unilatéral, et je souhaite quelque chose de plus durable et moins énergivore ! Pour l’instant, le meilleur moyen de rester informé·e est ma newsletter, où je partage des nouvelles importantes et des petites annonces, ainsi que des réflexions et des recommandations.

English version
I recently introduced Agata Zlotko in this article and contacted her at that time. During our discussions, she kindly agreed to an interview, and I’m delighted to share her answers here with you today:
Dans les yeux d’Estelle: It seems like resilience has always been a quality that has allowed you to adapt, you say on your blog : « I’m a rat, I adapt ». But today it looks like you finally embrace your true self and dream career : child book illustrator. What are your wishes for this dream career? Let’s draw a vision of it!
Agata Zlotko: Yes, without the resilience I don’t think I would be where I am today! I probably would have chosen another career path by now. It’s been almost four years since I decided to become a picture book illustrator. Learning more about illustration at my own pace, figuring out how to break into the industry, learning how to write for children and attempting making my own picture book dummy – all while juggling tattooing on the side and most important: staying positive and hopeful… That might be the hardest thing I’ve ever done. Especially staying hopeful without letting frustration take over, which to be completely honest, I failed a couple of times. There’s something terrifying about working this hard with zero guarantee it will ever pay off. The a crucial part of success is actually believing it will ABSOLUTELY WORK OUT, FOR SURE, 100% (without any evidence). You truly have to be a bit delusional and a dreamer!
But finally after these few years of struggle I start to believe it will actually work out. Few weeks ago I had a breakthrough in my style and I really love where is it going! Others noticed and enjoyed it as well!
My dream career is making beautiful and touching picture book for kids that will create a new generation of delusional dreamers. I apologize to them in advance, but this world desperately needs them.
Estelle: Do you think that your relatively recent diagnosis of Autistic Spectrum Disorder has helped you to listen to your inner voice and so on to follow your forever dream of being a child book illustrator instead of choosing the « side quest » path (as many undiagnosed do) (and what a side quest tattooing is!)?
Agata: Oh absolutely! The diagnosis changed almost everything in my life, including this part.
Pre diagnosis, the illustration was a dream I had given up on many years ago. After the diagnosis, I realised it is actually possible for me. I finally understood my needs, limits, and the way my brain works. That understanding helped me cope better, organise myself, avoid burnout, and maybe most importantly – how to advocate for myself.
For example, I’m not able to do things at the last moment notice and with very short deadlines. I need time to process things, think them through, visualise. I always thought that being available all the time is a built-in part of being an illustrator and that was one of the reasons I gave up on this career path.
Now I’d feel fully confident to communicate the need for a longer deadline to a potential agent or client. With strategies for autistic people I also learned how to manage my energy levels and schedule better so for once I am actually sure that with a proper deadline I can deliver the work!
Before the diagnosis, it was frustrating and confusing to struggle in ways others didn’t. Now I understand why, and I’m no longer trying to survive without the tools that were made for people like me.
Estelle: Speaking of tattoos : the palette you use for your illustrations is really sumptuous. What if I ask you for a tattoo using those colors? Would it be possible?
Agata: Good luck with that! But honestly… no sorry! Using color in tattoos is an entire separate science and skill that I’m not feeling extra motivated to dip my toes in it. What I enjoy most in tattooing is making clean, sharp linework, fine details, and textures.
BUT: soon I might have a fun solution to this. My colleague Maude Miel from Les Chaussettes Tattoo Club in Nancy where I work, suggested we do a lovely collaboration pieces. Where I do the design and the line work and she does the color. And boy oh boy, she’s incredibly good at it.
Estelle: What are the reasons you had to quit the Warsaw Academy of Fine Arts? Did you change your mind? Or had you already your strong illustrator identity at this time? Or maybe you did not find what you were seeking here?
Agata: Let’s go back in time a decade. Let’s meet Agata from back then… I was excited to start my first academic year in the most prestigious art university in Poland. But also I was an undiagnosed autistic mess. I’d like to quote one of the diagnostic criteria for ASD “Symptoms must be present in the early developmental period (but may not become fully manifest until social demands exceed limited capacities, or may be masked by learned strategies in later life).”
Art school demands everything, all the time, without any exceptions. I had 39 classmates and about 12 professors to all stay in touch on daily basis. It was overwhelming. I was completely lost in the social labyrinth, unable to catch up with the workload, to properly decompress and recharge. Not understanding why I wasn’t thriving in what supposed to be a dream environment. I skipped many classes just to lie in bed and stare at the ceiling!
I still haven’t fully processed the loss of opportunities, loss of amazing friends, the version of myself who wanted that life. To this day I’m jealous of everyone from my year who made through the 5 years. For me this adventure ended just after a couple of months. I left behind me a terrible reputation and plenty of burnt bridges.
That’s why I will never stop talking about my diagnosis. We still don’t have enough awareness of how Autism can present in different people. Maybe someone already diagnosed, with a proper support could actually go through that university and get the best from that experience.
I strongly believe Fine Arts schools should have a psychological consultant and a disability advocate. I can’t be the only one who struggled there.
Estelle : What do you like to do when you are not drawing, painting or tattooing?
Agata: In those rare moments (haha) I love going to swimming pool to clear my head a little. Being in water helps me to organise my thought in the weirdest unexpected ways! I enjoy walking around the city and observing people (in the least creepy way possible, I swear).
I’m a big fan of cooking and baking, so you can often find me in my kitchen preparing some new vegan treat for me and my partner. If I was not working a creative job, I’d probably start a vegan food truck business.
With my partner David, we both fell in love with the Vosges mountains, just about 1h drive from Nancy. We regularly try to get there, enjoy the amazing views and reset our batteries. One of my new stress managing strategies is, and I’m sorry if it’s cheesy, closing my eyes and picturing some of my favorite places in the Vosges. Just as they probably are at that moment. Windswept, empty, totally peaceful, eternal. It immediately helps to give perspective to my anxieties.
Estelle: Where do you find your inspiration sources? What nourishes your creativity?
Agata: I feed on the tiny moments of everyday life. A funny dog in the park will do. Little interaction in the coffee shop. A piece of modern art that makes me whisper “what the hell?”. I love to laugh and I find a lot of seemingly boring ordinary situations amusing. The post office is a goldmine of dark bureaucratic comedy. Last week, I left without my refund but with a brand-new anecdote.
If I’m visiting a bigger city than Nancy – mandatory museum visit, hopefully theatre or a concert, cinema. I strongly believe that we artists need real life input to produce a high quality output. Not exploring their phone feeds, but rather going outside and taking in real life stimuli – smells, sounds, textures.
I’m lucky because I visit my family in Warsaw at least once a year and this city is an absolute cultural paradise. Then, my partner’s family lives near Paris and that’s only 1.5h by train from us so we go there quite regularly. Tattoo guest spots allow me to travel quite easily as well. In 2025, I travelled a lot and got such an incredible dose of inspiration! Here are some top ones:
- Seeing a concert in Warsaw’s Opera house. I had the cheapest ticket that was almost above the stage. I didn’t know the program at all. That’s how I discovered Henryk Górecki’s Symphony n.3. If you watch this piece on YouTube you will understand why I got so lucky with my seemingly shitty ticket. It was amazing to hear this music life, but I got the privilege to see wave after wave of violinist joining the tune. It was incredible. I came back to France to that trip emotionally shaken and inspired!
- Top experience of this year, if not a decade, was my 6 weeks half-solo trip to Canada. I met so many amazing people, seen breathtaking landscapes, found new friends (including all the chipmunks, they are all my friends now). I was honoured by the tattoo clients who travelled from far to meet me in Montreal, Calgary and Vancouver. I’m grateful to all of them. In Canada I found back some of the much needed feeling of self confidence and almost a childlike feeling of being absolutely in awe of something (that’s the Rocky Mountains part of the trip!).
Estelle : How do you refuel your energy tank? Do you have a special place, thing, treat or someone that helps you to rest? Can you present it to us?
Agata : My rest routine is incredibly glamorous: lying on my bed with noise-cancelling headphones, doing nothing.
It’s essential for me to completely reset like that at least once or twice a week (or more if needed). In these low-stimuli moments it’s best if I don’t take any input, don’t scroll on my phone or watch tv shows.
However reading books works great! It’s a perfect low-stimuli way to relax. Currently I’m reading “Lords & Ladies” by Terry Pratchett.
Estelle : What were the tales or child books that populated your childhood imagination? What part of your native culture lives on through your art?
Agata : I grew up nurtured by the the books of Beatrix Potter, the Moomin books by Tove Jansson, stories of polish poet Julian Tuwim illustrated by Jan Szancer and the animated series “The Little Mole”, “Krecik” in polish and “Krtek” in original Czech. Ahoj to all the fellow Krtek’s fans out there!
In Poland in the 90s we had a weird mix in the entertainment for kids. A lot of “new” western books and cartoons arrived to us, but we were still cultivating the classics released during the communist era, which I must admit – I have a soft spot for.
Additionally, I’m a 5th child with the age gap of almost 20 years between my eldest sister and I. So naturally I inhereted vintage books from my siblings. People say that my illustrations bring them nostalgic feelings and take them back to their childhood. Well, that’s because I have been fed vintage before it was cool.
From Beatrix Potter I got my love of anthropomorphic characters and stories of everyday small adventures. From Jan Szancer and Tove Jansson I got the love of weird and creepy. The worlds they drew were nothing like some of modern polished and happy illustrations. There is some sadness and creepiness in them that resonated with me deeply (I was a melancholic child). As an adult, I still gather inspiration from these sources, and I keep discovering other vintage books that just never reached me back then. Pinterest is my great friend on this mission!
Estelle : You have just (re-)opened your new online shop. How often did you plan to edit or re-edit new or existing products? Will it be short collections or will you restock and add new designs along the time?
Agata: In the ideal world the shop would be open 24/7/365 and enter the stock market within a few years. In reality, I’m it’s a one-slightly-tired-person production line: drawing, designing, sewing, laser-cutting, painting, printing, packing, shipping. And this slightly tired person wants to keep working on her portfolio as well! So the shop will remain open until mid-December, then take a little winter nap and return in spring.
I prefer seasonal updates and changing products often, since it motivates me to create new art. Thank you so much to everyone who ordered from me! your support directly funds the months when I work on unpaid “investment” projects like portfolio pieces and book dummies. I truly appreciate it.

Estelle : Why and how do you do your own prints at home?
Agata: I print at home because I refuse to let anyone hang a sad, washed-out version of my work on their wall. I tried in the past to delegate it to a printer but the results were so poor! Few years ago I discovered the world of archival prints, also known as giclée prints.
These are digital prints mad with a professional inkjet printers. The key ingredients are special inks and acid free (archival) high quality photo papers. This technique is not cheap but the results speak for themselves. The prints look so close to the originals. Unlike cheaper prints, archival quality prints are supposed to last for over 100 years without fading. You can literally pass them to your children or grandchildren as a family heirloom!
I was speechless first time I printed an archival print with correct settings at home. It looked exactly like the drawing I made, with the same vibrant colors, perfectly replicated textures and details. The prints I have right now at the shop are the best I’ve made to this date. I’d like to make a special post or blog post soon going into details about archival prints, because it’s a truly fascinating technique!
Estelle: Did you plan your next steps? And If so, would you like to announce something new to come?
At the moment, I only have medium sized announcements! I’m gonna continue the slow, stubborn climb toward children’s illustration: new portfolio pieces, book dummy projects, staying hopeful.
I’m also dreaming of more community-based space for people who connect with my art. Instagram feels a bit one-sided at times, and I want something more sustainable and low-energy! For now, the best place to stay updated is my newsletter, where I share both big and small news, along with thoughts and recommendations.















